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[Mathématiques, Physique-Chimie, Informatique]
PISA 2025 : le niveau en mathématiques des élèves français au plus bas depuis 20 ans — comprendre les chiffres et les pistes pour progresser
PISA 2025 : le niveau en maths des élèves français chute à son plus bas niveau en 20 ans. Décryptage des chiffres, des causes et des solutions pour progresser.
9/11/20265 min read


Le 8 septembre 2026, l'OCDE a publié les résultats de l'enquête PISA 2025 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), et le constat est sans appel pour la France : le niveau en mathématiques des élèves de 15 ans n'a jamais été aussi bas depuis le lancement de l'enquête au début des années 2000. Alors que la rentrée scolaire vient à peine de commencer, ces résultats relancent un débat récurrent sur l'enseignement des mathématiques en France, ses causes possibles et les réponses à y apporter — à l'école comme en dehors.
Publiée tous les trois ans, l'enquête PISA teste un échantillon représentatif d'élèves de 15 ans dans les pays membres et partenaires de l'OCDE, sur trois compétences : la compréhension de l'écrit, les mathématiques et les sciences. Pour cette édition 2025, environ 768 000 élèves ont été évalués au printemps 2025 dans 91 pays et économies, dont près de 6 500 élèves français. C'est cet immense échantillon international qui permet chaque édition de comparer objectivement les systèmes scolaires entre eux — et de suivre, année après année, l'évolution du niveau des élèves français.
Des chiffres qui confirment une dégradation continue
Le score moyen des élèves français en mathématiques s'établit à 458 points en 2025, contre 474 points en 2022 — soit une baisse de 16 points en seulement trois ans. Remise en perspective, la chute est plus impressionnante encore : en 2012, les élèves français obtenaient en moyenne 495 points, ce qui représente un recul de 37 points en treize ans, l'équivalent, selon les repères habituels de l'OCDE, de près d'une année entière d'apprentissage perdue.
La France se classe désormais 27ᵉ sur les 91 pays et économies participants, et se retrouve pour la première fois sous la moyenne de l'OCDE, fixée à 463 points. Elle évolue désormais à un niveau comparable à celui de l'Espagne ou de la Croatie, loin derrière les systèmes les plus performants : la Chine (612 points), Singapour (563), le Japon (525) ou l'Estonie (508). Même l'Allemagne, souvent citée comme point de comparaison, devance désormais la France avec 464 points.
Il faut toutefois noter que la France n'est pas un cas isolé : la moyenne des pays de l'OCDE a également reculé, mais de 9 points seulement sur la même période — la baisse française est donc près de deux fois plus marquée que la tendance internationale.
Une France plus inégalitaire, avec une élite qui s'amenuise
Au-delà du score moyen, c'est la répartition des résultats qui inquiète le plus les spécialistes. La part des élèves les plus performants (niveaux 5 et 6 de l'échelle PISA, capables de résoudre des problèmes mathématiques complexes et de modéliser des situations non familières) ne représente plus que 5 % des élèves français en 2025, contre 8 % en moyenne dans l'OCDE — et surtout contre 15 % en France en 2003. L'« élite mathématique » française a donc été divisée par trois en une vingtaine d'années.
À l'autre extrémité de l'échelle, la proportion d'élèves ne maîtrisant pas les compétences mathématiques de base (sous le niveau 2, seuil considéré comme le minimum pour poursuivre normalement sa scolarité et s'insérer professionnellement) atteint 36 % en 2025, contre 29 % en 2022 et 16,6 % seulement en 2003. Plus d'un tiers des jeunes de 15 ans en France peinent donc aujourd'hui à résoudre des problèmes mathématiques simples de la vie courante.
Cette polarisation s'accompagne d'inégalités sociales parmi les plus marquées de l'OCDE : l'écart de score entre élèves favorisés et défavorisés atteint 95 points en France, contre 83 points en moyenne dans les pays de l'OCDE. L'origine sociale reste ainsi l'un des facteurs les plus déterminants de la réussite en mathématiques en France — davantage que dans la plupart des pays comparables. On observe également un écart entre filles et garçons (464 points pour les garçons contre 451 pour les filles, un écart stable par rapport à 2022), les deux groupes ayant néanmoins reculé de façon comparable depuis 2022 (respectivement -15 et -18 points).
ées, sans qu'aucune ne suffise à elle seule à expliquer un phénomène aussi général. Le ministère de l'Éducation nationale pointe notamment l'exposition croissante aux écrans et aux réseaux sociaux, l'usage récréatif du téléphone portable en milieu scolaire, ainsi qu'un recul de l'accompagnement parental — la part des parents se déclarant très impliqués dans la scolarité de leurs enfants aurait reculé de façon sensible ces dernières années, selon les données croisées par plusieurs observateurs de l'enquête. Le ministère souligne également des difficultés structurelles : près de 45 % des élèves français sont scolarisés dans des établissements qui déclarent manquer d'enseignants sur au moins une discipline, un facteur qui pèse mécaniquement sur la continuité des apprentissages.
Interrogé sur ces résultats, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, les a qualifiés de « préoccupants » mais « pas une surprise, rappelant que la tendance à la baisse était déjà documentée lors des précédentes éditions de l'enquête.
D'autres voix, du côté des enseignants, appellent cependant à la prudence face aux explications trop simples. Claire Lommé, enseignante de mathématiques et coordonnatrice ULIS, relève ainsi dans une tribune publiée au Café pédagogique que la France a connu un « rythme effréné de réformes » entre 2022 et 2025, souvent mises en œuvre sans évaluation préalable de leurs effets. Elle invite à dépasser l'obsession du classement international pour se concentrer sur une question plus utile : que savent précisément faire — et ne pas faire — les élèves aujourd'hui, et pourquoi ? Elle rappelle enfin que la dégradation touche l'ensemble des pays de l'OCDE, ce qui suggère des causes communes (numérique, évolution des pratiques d'apprentissage, contexte post-pandémie) plutôt qu'un seul facteur propre au système scolaire français.
Cette lecture nuancée rejoint un constat partagé par de nombreux observateurs : la succession de réformes des programmes de mathématiques depuis le début des années 2020 — nouvelle épreuve anticipée en classe de première, ajustements des programmes de collège, évolution des modalités d'évaluation au brevet et au baccalauréat — a modifié à plusieurs reprises les repères des élèves, des familles et des enseignants, sans toujours laisser le temps d'en mesurer les effets avant d'engager le changement suivant. Un système scolaire qui change fréquemment de cadre est structurellement plus difficile à piloter pour les enseignants, et plus difficile à suivre pour les élèves déjà fragiles sur les bases.ématiques, lecture, sciences : des trajectoires différentes
La baisse n'est pas propre aux mathématiques : la compréhension de l'écrit recule elle aussi nettement, de 18 points depuis 2022, avec une chute particulièrement marquée chez les garçons. Les sciences, en revanche, se montrent relativement plus stables sur la même période. Ce contraste intéresse les chercheurs : il suggère que les facteurs à l'œuvre — usage des écrans, évolution des pratiques de lecture, organisation du temps scolaire — n'affectent pas toutes les disciplines de la même manière, et qu'une explication unique et univoque serait sans doute trompeuse. Les mathématiques, discipline cumulative par nature (chaque notion s'appuie sur les précédentes), semblent particulièrement sensibles aux ruptures d'apprentissage : un décrochage sur une notion clé en début de collège peut se répercuter pendant plusieurs années si rien ne vient le corriger.
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