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[Mathématiques, Physique-Chimie, Informatique]
Médaille Fields 2026 : qui est Hong Wang, la mathématicienne qui a résolu une énigme vieille d'un siècle ?
Fields 2026 : Hong Wang, passée par Polytechnique, résout l'énigme de Kakeya. Une histoire inspirante pour progresser en maths et physique à Toulouse.
9/3/20267 min read
Chaque quatre ans, la communauté mathématique mondiale célèbre ses plus brillants esprits lors du Congrès international des mathématiciens (ICM). L'édition 2026, qui s'est tenue à Philadelphie du 23 au 30 juillet, a consacré quatre lauréats de la médille Fields, la distinction la plus prestigieuse de la discipline, souvent qualifiée de « Nobel des mathématiques ». Parmi eux, une figure a particulièrement retenu l'attention des médias scientifiques du monde entier : Hong Wang, mathématicienne formée en partie en France, à l'École polytechnique, devenue seulement la troisième femme en 90 ans d'histoire à recevoir cette récompense. Son parcours et le problème qu'elle a résolu offrent une occasion précieuse de montrer, très concrètement, où peuvent mener les mathématiques que l'on commence à apprendre dès le collège et le lycée.
Qu'est-ce que la médaille Fields, le « Nobel des mathématiques » ?
Contrairement au prix Nobel, qui n'existe pas en mathématiques, la médaille Fields a été créée en 1936 à l'initiative du mathématicien canadien John Charles Fields. Elle est décernée tous les quatre ans, lors du Congrès international des mathématiciens, à des chercheurs et chercheuses âgés de moins de 40 ans au 1er janvier de l'année du congrès. Cette limite d'âge, propre à la médaille Fields, vise à récompenser des travaux réalisés relativement tôt dans une carrière, contrairement au Nobel qui couronne souvent l'aboutissement de décennies de recherche.
L'édition 2026 du congrès s'est déroulée au Pennsylvania Convention Center de Philadelphie, aux États-Unis, précédée de l'Assemblée générale de l'Union mathématique internationale (IMU) les 20 et 21 juillet à New York. C'est lors de la cérémonie d'ouverture, le 23 juillet 2026, que les quatre médailles ont été remises.
Quatre lauréats 2026, quatre avancées majeures
Les quatre mathématiciens récompensés cette année illustrent la diversité des grandes questions qui animent la recherche mathématique contemporaine :
Yu Deng (Université de Chicago) a obtenu une dérivation rigoureuse de l'équation de Boltzmann à partir de la dynamique de sphères dures, c'est-à-dire une démonstration mathématique complète de la façon dont les lois statistiques qui décrivent le comportement d'un gaz émergent des chocs microscopiques entre particules individuelles.
John Pardon (Stony Brook University) a développé de nouvelles méthodes en géométrie symplectique, permettant de « compter » des courbes particulières sur des espaces complexes appelés variétés de Calabi-Yau, en résolvant la conjecture dite MNOP, ouverte depuis une vingtaine d'années.
Jacob Tsimerman (Université de Toronto) a étendu des techniques dites « o-minimales » à la géométrie arithmétique, permettant de démontrer la conjecture de Griffiths sur la façon dont certains objets géométriques varient.
Hong Wang (New York University et Institut des Hautes Études Scientifiques, en France) a résolu, avec son collègue Joshua Zahl, le problème de Kakeya en dimension 3, une question d'analyse harmonique et de géométrie de la mesure restée ouverte pendant plus d'un siècle.
C'est ce dernier travail, et le parcours de sa lauréate, qui offre l'histoire la plus parlante pour des élèves et leurs familles.
Hong Wang, un parcours entre Chine, France et États-Unis
Née en 1991 à Guilin, en Chine, Hong Wang intègre dès l'âge de 16 ans l'université de Pékin, où elle obtient sa licence de mathématiques en 2011. Elle poursuit ensuite sa formation en France : elle intègre l'École polytechnique (promotion X2010), où elle obtient son diplôme d'ingénieur, complété par un master à l'université Paris-Sud en 2014. Elle part ensuite à l'institut de technologie du Massachusetts (MIT), où elle prépare un doctorat sous la direction du mathématicien Larry Guth, soutenu en 2019. Son parcours l'amène ensuite à l'Institute for Advanced Study de Princeton, puis à l'UCLA, avant de rejoindre la New York University. Depuis septembre 2025, elle occupe un poste de professeure permanente à l'Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES), à Bures-sur-Yvette, tout en conservant un titre à NYU — ce qui explique la double affiliation franco-américaine mise en avant lors de l'annonce de son prix. L'École polytechnique lui a par ailleurs décerné un doctorat honoris causa pour saluer cette distinction.
Le problème de Kakeya : une énigme vieille d'un siècle
Le résultat qui vaut à Hong Wang sa médaille Fields porte un nom singulier : le problème de Kakeya, parfois surnommé le « problème de l'aiguille ». Il a été posé en 1917 par le mathématicien japonais Sōichi Kakeya, sous une forme étonnamment simple à comprendre : quelle est la plus petite surface dans laquelle on peut faire pivoter une aiguille de 180 degrés, de façon à la retourner complètement sur elle-même ?
Dès 1928, le mathématicien Abram Besicovitch a montré qu'il était possible de construire des surfaces de taille aussi petite que l'on veut permettant cette manœuvre, à condition de leur donner une forme suffisamment tourmentée. Mais cette réponse a soulevé une question bien plus profonde et bien plus difficile : un ensemble contenant un segment de droite dans absolument toutes les directions possibles de l'espace peut-il avoir un « volume » nul, tout en occupant malgré tout, d'une certaine façon, la totalité des dimensions de cet espace ? Cette question touche à la notion mathématique de dimension fractale et à la façon dont une fonction peut se décomposer en une somme d'ondes de différentes fréquences, un sujet central en analyse harmonique.
Le cas du plan, en deux dimensions, a été résolu dès 1971 par le mathématicien Roy Davies. Mais le cas de l'espace à trois dimensions est resté une énigme ouverte pendant plusieurs décennies, en dépit des efforts de nombreux chercheurs. C'est Hong Wang qui, avec son collègue canadien Joshua Zahl, en a proposé la démonstration complète, dans un article publié le 24 février 2025 après plus de 127 pages de preuve. Ce résultat conditionne de nombreux développements ultérieurs en analyse harmonique et en équations aux dérivées partielles, deux branches des mathématiques aux applications concrètes en traitement du signal, en imagerie médicale ou en physique des ondes.
Une troisième femme seulement, en 90 ans d'histoire
La médaille Fields a été décernée pour la première fois en 1936. Il aura fallu attendre 2014 pour qu'une femme la reçoive : l'Iranienne Maryam Mirzakhani, professeure à Stanford, pour ses travaux sur la géométrie des surfaces hyperboliques. Elle est décédée en 2017, à seulement 40 ans. La deuxième femme distinguée a été l'Ukrainienne Maryna Viazovska, en 2022, pour sa résolution du problème de l'empilement optimal de sphères en dimension 8. Hong Wang devient donc, en 2026, la troisième femme seulement à recevoir cette récompense en 90 ans d'existence de la médaille.
Cette rareté illustre une réalité bien documentée : les femmes restent minoritaires dans les filières mathématiques de haut niveau et dans la recherche académique en mathématiques, y compris en France, où les classes préparatoires scientifiques et les filières d'ingénieurs comptent encore une proportion significativement plus faible d'étudiantes que d'étudiants. Des parcours comme celui de Hong Wang, largement relayés dans la presse scientifique internationale, jouent un rôle concret pour donner à voir des modèles auxquels de jeunes filles passionnées de sciences peuvent s'identifier.
Ce que cette histoire raconte
L'énoncé du problème de Kakeya n'a rien d'inaccessible : il ne mobilise que des notions de géométrie plane vues dès le collège et le lycée, comme la rotation, les vecteurs ou la notion d'aire. C'est précisément ce qui rend cette histoire parlante pour un élève qui découvre les mathématiques du secondaire : les outils qu'il manipule aujourd'hui, souvent perçus comme abstraits ou déconnectés de toute application, sont la porte d'entrée vers des questions qui occupent encore aujourd'hui les plus grands chercheurs du monde. La serrure est sophistiquée, mais la porte, elle, est la même pour tout le monde.
Le parcours de Hong Wang rappelle aussi une évidence trop souvent oubliée par les élèves en difficulté : la maîtrise des mathématiques ne relève pas d'un don inné, mais d'un travail de fond, mené sur plusieurs années, avec des étapes, des mentors (comme Larry Guth pour Hong Wang) et une progression méthodique. C'est également vrai à une échelle beaucoup plus modeste, celle d'un collégien qui prépare son brevet ou d'un lycéen qui construit son dossier Parcoursup : consolider petit à petit les bases, comprendre en profondeur plutôt qu'apprendre par cœur, et bénéficier d'un accompagnement adapté quand une notion résiste, sont les ingrédients d'une progression durable en mathématiques comme en physique-chimie.
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Sources : International Mathematical Union — ICM 2026 ;
Simons Foundation — 2026 Fields Medals awarded to four of world's top mathematicians ;
Simons Foundation — The ICM comes to the United States ;
IHES — Hong Wang, 2026 Fields Medal ;
École polytechnique — Hong Wang, X2010, awarded 2026 Fields Medal ;
École polytechnique — A closer look at Kakeya's conjecture ;
Quanta Magazine — Hong Wang Wins 2026 Fields Medal, the Third Woman Ever ;
Nature — 2022 Fields Medal, second woman to win ; Futura-Sciences — médaille Fields Hong Wang.
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